CONCORDE - VOL AF4500 - 11 AOUT 1999 - A LA POURSUITE DE L'ECLIPSE SOLAIRE
Lors de l'éclipse totale de juin 1973, le Concorde F-WTSS modifié en conséquence (installation d'un hublot optique dans le plafond de sa carlingue pour permettre aux scientifiques de mieux observer le phénomène) s'est maintenu plus d'une heure (74 minutes) dans la totalité de l'éclipse. Comme le déclarait André Turcat en 2003 : "nous avons effectué sur le proto F-WTSS le vol éclipse le plus spectaculaire le 30 juin 1973 de Las Palmas à Fort-Lamy (devenue N'Djaména), avec 74 minutes de totalité de cette éclipse zénithale, et 3 équipes d'astronomes à bord, avec un seul passager de la télévision, que j'avais moi-même désigné, sachant qu'il ne troublerait en rien notre travail"
Le 11 Aout 1999, trois Concorde ont été affrétés pour suivre l’éclipse, le premier par Air France (AF4500) et les deux autres par British Airways (BA99S and BA91N). Concorde était le seul appareil civil capable de suivre l’éclipse grâce à sa vitesse supérieure à Mach 2 et au fait que l’ombre se déplaçait au-dessus de l’Europe à environ Mach 2,3. Jean Prunin, Commandant de bord de Concorde et astronome amateur, a réalisé ce vol durant laquelle l'éclipse a été observée pendant 8 minutes et 10 secondes ... et c'est ce qu'il explique ici :
"Astronome amateur et passionné de tout ce qui se passe dans le ciel et l’espace, j’ai eu l’idée d’utiliser la formidable vitesse du Concorde pour suivre l’éclipse solaire du 11 août 99 et faire durer le phénomène beaucoup plus longtemps qu’au sol, tout en s’affranchissant du risque météorologique.
L’étude des éphémérides m’avait montré que la brièveté du moment de totalité était due au fait que l’ombre était animée d’une vitesse de l’ordre de 900 m/s. Le Concorde volant à deux fois la vitesse du son, soit environ 600 m/s à 17 km d’altitude, on devait pouvoir tripler la durée de l’observation puisque la vitesse relative tombait à 300 m/s. On remarquera qu’une éclipse équatoriale est beaucoup plus lente car la différence des vitesses angulaires terre-soleil qui génère le mouvement s’étale sur un grand cercle alors que le rayon du parallèle 50° N n’est que r = R cos L soit 0,64 fois plus petit que le rayon terrestre.
En regardant les circonstances locales d’un peu plus près, je me suis rendu compte qu’il faudrait faire appel à mes souvenirs de trigonométrie du lycée car, bien sûr, la ligne de centralité n’allait pas être la même à 17 km d’altitude qu’au sol, puisque le cône d’ombre était incliné de 39° (hauteur du soleil).
Un simple transport de position permettrait de résoudre ce problème. En regardant encore plus en détail, j’ai réalisé que même en considérant la terre comme plane sur la centaine de kilomètres occupée par l’ombre, on ne pouvait pas assimiler cette tache à un cercle car l’intersection d’un cône et d’un plan est une ellipse et il a fallu que je retrouve mon cours de Math Sup sur les coniques pour m’en sortir. J’ai pu déterminer les caractéristiques de cette ellipse.
Au lieu de se déplacer le long de la ligne de centralité, j’ai eu l’idée de partir du point D (le plus en avant) pour sortir au point C’ (le plus en arrière) et ainsi parcourir dans l’ombre la distance D’C’ » DC beaucoup plus longue que BA. Encore un peu de mathématiques pour déterminer le rayon de virage et finalement le paramètre fondamental de pilotage qui en découlait : l’inclinaison de l’avion.
Bilan : au lieu des 2 minutes 10 secondes de totalité au sol, nous avons triplé, grâce à la vitesse de l’avion, soit 6 minutes 30 secondes, et en suivant l’arc de cercle DC’ nous sommes passés à 8 minutes 10 secondes, presque quatre fois le temps de base.
De plus, le fait de faire un virage continu à 6° d’inclinaison diminuait la hauteur apparente du soleil et améliorait l’azimut qui augmentait avec la variation du cap et rendait l’observation de plus en plus facile.
L’outil mathématique s’est ainsi révélé nécessaire pour optimiser la trajectoire mais sans la formidable vitesse de ce bel oiseau qu’est le Concorde, rien de tout cela n’aurait été possible.
Le spectacle des étoiles et planètes qui se rallumaient dans un ciel indigo, de la courbure de la terre parfaitement visible à cette altitude sur laquelle fuyait cette petite ellipse sombre valait bien :
- une louche de mathématiques ;
- une cuillère à café de bon sens ;
- un doigt d’intuition ;
- un zeste d’expérience ;
- un grain de réalisme ;
- une pincée de chance et mille autres choses encore que je ne saurais vous raconter ici… "
Ce document de Pierre reprend la carte commentée et annotée du vol AF4500. C'est un document historique.
Téléchargement fichier(s) :
(Taille : 12.4 Mo)
>> Le fichier a été téléchargé 700 fois depuis le 31/03/2010. Dernier téléchargement le : 04/02/2012 à 13:34:43 GMT+01:00
ATTENTION : Le téléchargement est protégé contre les liens directs (hotlink). Le nom d'utilisateur est ENGINE, le mot de passe est START. Respectez bien les majuscules et minuscules quand elles sont présentes.
Partagez cette information avec vos amis ...
Liens sponsorisés
Contacter l'auteur
Vous voulez soutenir FS TUTORIELS, utilisez le site sécurisé de Paypal pour faire un don.
CONCORDE - VOL AF4500 - 11 AOUT 1999 - A LA POURSUITE DE L'ECLIPSE SOLAIRE
Auteur : Pierre CHASSANG ... Quand Pierre m'a contacté, j'ai été scotché par son CV : Pierre a travaillé 30 ans dans le secteur aéronautique pour le laboratoire central de l'Aérospatiale et débuté vers la fin du programme de développement de Concorde. Il a aussi travaillé sur Hermès la "navette spatiale" Européenne dont le projet a été abandonné.
Lors de l'éclipse totale de juin 1973, le Concorde F-WTSS modifié en conséquence (installation d'un hublot optique dans le plafond de sa carlingue pour permettre aux scientifiques de mieux observer le phénomène) s'est maintenu plus d'une heure (74 minutes) dans la totalité de l'éclipse. Comme le déclarait André Turcat en 2003 : "nous avons effectué sur le proto F-WTSS le vol éclipse le plus spectaculaire le 30 juin 1973 de Las Palmas à Fort-Lamy (devenue N'Djaména), avec 74 minutes de totalité de cette éclipse zénithale, et 3 équipes d'astronomes à bord, avec un seul passager de la télévision, que j'avais moi-même désigné, sachant qu'il ne troublerait en rien notre travail"
(Source partielle : wikipedia)
Le 11 Aout 1999, trois Concorde ont été affrétés pour suivre l’éclipse, le premier par Air France (AF4500) et les deux autres par British Airways (BA99S and BA91N). Concorde était le seul appareil civil capable de suivre l’éclipse grâce à sa vitesse supérieure à Mach 2 et au fait que l’ombre se déplaçait au-dessus de l’Europe à environ Mach 2,3. Jean Prunin, Commandant de bord de Concorde et astronome amateur, a réalisé ce vol durant laquelle l'éclipse a été observée pendant 8 minutes et 10 secondes ... et c'est ce qu'il explique ici :
"Astronome amateur et passionné de tout ce qui se passe dans le ciel et l’espace, j’ai eu l’idée d’utiliser la formidable vitesse du Concorde pour suivre l’éclipse solaire du 11 août 99 et faire durer le phénomène beaucoup plus longtemps qu’au sol, tout en s’affranchissant du risque météorologique.
L’étude des éphémérides m’avait montré que la brièveté du moment de totalité était due au fait que l’ombre était animée d’une vitesse de l’ordre de 900 m/s. Le Concorde volant à deux fois la vitesse du son, soit environ 600 m/s à 17 km d’altitude, on devait pouvoir tripler la durée de l’observation puisque la vitesse relative tombait à 300 m/s. On remarquera qu’une éclipse équatoriale est beaucoup plus lente car la différence des vitesses angulaires terre-soleil qui génère le mouvement s’étale sur un grand cercle alors que le rayon du parallèle 50° N n’est que r = R cos L soit 0,64 fois plus petit que le rayon terrestre.
En regardant les circonstances locales d’un peu plus près, je me suis rendu compte qu’il faudrait faire appel à mes souvenirs de trigonométrie du lycée car, bien sûr, la ligne de centralité n’allait pas être la même à 17 km d’altitude qu’au sol, puisque le cône d’ombre était incliné de 39° (hauteur du soleil).
Un simple transport de position permettrait de résoudre ce problème. En regardant encore plus en détail, j’ai réalisé que même en considérant la terre comme plane sur la centaine de kilomètres occupée par l’ombre, on ne pouvait pas assimiler cette tache à un cercle car l’intersection d’un cône et d’un plan est une ellipse et il a fallu que je retrouve mon cours de Math Sup sur les coniques pour m’en sortir. J’ai pu déterminer les caractéristiques de cette ellipse.
Au lieu de se déplacer le long de la ligne de centralité, j’ai eu l’idée de partir du point D (le plus en avant) pour sortir au point C’ (le plus en arrière) et ainsi parcourir dans l’ombre la distance D’C’ » DC beaucoup plus longue que BA. Encore un peu de mathématiques pour déterminer le rayon de virage et finalement le paramètre fondamental de pilotage qui en découlait : l’inclinaison de l’avion.
Bilan : au lieu des 2 minutes 10 secondes de totalité au sol, nous avons triplé, grâce à la vitesse de l’avion, soit 6 minutes 30 secondes, et en suivant l’arc de cercle DC’ nous sommes passés à 8 minutes 10 secondes, presque quatre fois le temps de base.
De plus, le fait de faire un virage continu à 6° d’inclinaison diminuait la hauteur apparente du soleil et améliorait l’azimut qui augmentait avec la variation du cap et rendait l’observation de plus en plus facile.
L’outil mathématique s’est ainsi révélé nécessaire pour optimiser la trajectoire mais sans la formidable vitesse de ce bel oiseau qu’est le Concorde, rien de tout cela n’aurait été possible.
Le spectacle des étoiles et planètes qui se rallumaient dans un ciel indigo, de la courbure de la terre parfaitement visible à cette altitude sur laquelle fuyait cette petite ellipse sombre valait bien :
- une louche de mathématiques ;
- une cuillère à café de bon sens ;
- un doigt d’intuition ;
- un zeste d’expérience ;
- un grain de réalisme ;
- une pincée de chance et mille autres choses encore que je ne saurais vous raconter ici… "
(Souce : http://mathematiques.ac-bordeaux.fr/profplus/publica/bulletin/bull10/eclipse.htm ... je vous invite à aller voir la page pour les schémas non repris ici)

Ce document de Pierre reprend la carte commentée et annotée du vol AF4500. C'est un document historique.
Téléchargement fichier(s) :
(Taille : 12.4 Mo)
>> Le fichier a été téléchargé 700 fois depuis le 31/03/2010. Dernier téléchargement le : 04/02/2012 à 13:34:43 GMT+01:00
ATTENTION : Le téléchargement est protégé contre les liens directs (hotlink). Le nom d'utilisateur est GEAR, le mot de passe est DOWN. Respectez bien les majuscules et minuscules quand elles sont présentes.
Partagez cette information avec vos amis ...
CONCORDE - AUTRES DOCUMENTS
Télécharger :
Concorde : Vol AF4500 du 11 Aout 1999 - A la poursuite de l'éclipse solaire
Concorde : Enveloppe "Premier vol Air France : Paris - Rio de Janeiro" du 21 Janvier 1976
Concorde : Les routes américaines et autres routes
Concorde : Check-List normale en français
Concorde : Check-List secours en français
Télécharger :
Concorde SSTSIM - FLIGHT 1 - Didacticiel / Tutoriel
Concorde SSTSIM - FLIGHT 1 - Le devis carburant - Cas du vol New-York (JFK) vers Paris (CDG)
Concorde SSTSIM - FLIGHT 1 - Compte rendu de vol - Cas du vol New-York (JFK) vers Paris (CDG)
Comment être informé des dernières modifications sur ces documents ?
Vous désirez être tenu au courant en temps réel des modifications et mises à jour ou de l'ajout d'un document dans cette section ? Rien de plus simple, il suffit de vous abonner à la file RSS de FS TUTORIELS en cliquant sur l'une des icônes ci-dessous et de suivre les instructions :
Statut juridique des documents et créations sur FS-TUTORIELS
Les traductions des documentations des différents éditeurs pour lesquels les traducteurs ont reçu l'autorisation de publier sur le site FS TUTORIELS par l'éditeur et / ou le titulaire des droits sur le dit document sont couvertes par les différentes textes légaux et règlementaires existants pour leur protection dans le pays de l'éditeur et / ou du titulaire des droits et en dehors de celui-ci. Merci de vous référer aux sites des différents éditeurs et / ou au(x) titulaire(s) des droits pour le statut juridique précis de chaque document.
Pour le reste du site et sans restriction de contenu (documents, créations, textures, etc ...) tout ce qui est sur ce site est offert au téléchargement sans perception d'une rémunération mais n'est pas libre de droits, ni gratuit. Ces documents et créations sont régis par le droit d'auteur et notamment mais sans restriction les articles L.111-1, L.112-2, L.113-1, L.121-1 à L.122-12, L.331, L.334, L.335, et connexes du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) disponible sur le site du Ministère de la Culture (http://www.culture.gouv.fr/culture/infos-pratiques/droits/). Ils sont protégés par la Convention de Berne dans les 163 pays signataires. Ils ne peuvent être ni distribués (gratuitement ou non), ni modifiés, ni inclus dans une autre création, sans l'accord écrit de l'auteur. Sauf indication sur la page de téléchargement, la distribution de ces documents est faite EXCLUSIVEMENT par le biais du site FS TUTORIELS et il est interdit à quiconque, personne morale ou physique, de les mettre à disposition par le biais d'un autre site (à l'exclusion des traductions qui sont aussi disponibles sur le site de l'éditeur ou des sites autorisés par l'éditeur). Chaque document a une valeur unitaire de 50 euros. Toute personne mettant un ou plusieurs de ces documents en accès sur un autre site que FS TUTORIELS s'expose automatiquement à devoir payer à l'auteur (ou aux auteurs) la valeur du document multipliée par le nombre de téléchargements. FS TUTORIELS rappelle que les infractions aux droits d’auteur sont sanctionnées pénalement (CPI, art L.335-1 à L.335-10). Toute mise à disposition de ces documents fera l'objet d'un constat d'huissier et de poursuites systématiques. Ceci s'applique aussi au site lui-même, c'est à dire et sans restriction la charte graphique, les images, les textes, etc .... L'intégralité du site fait l'objet d'un dépot consultable en cliquant sur l'image ci-dessous.
Le dépôt est régulièrement mis à jour à chaque changement intervenant sur le site, que ce soit à l'occasion d'une publication ou d'un changement sur l'une des pages le composant.
Les images sont majoritairement de Kris et ne sont pas libres de droits, vous devez contacter l'auteur pour savoir si vous pouvez les utiliser.
Certains auteurs ont mis en place un système de "beerware". Merci de vous référer à la section "Donation" pour les explications.
Limitations de responsabilité
Les éléments proposés sur le site FS TUTORIELS ont été vérifiés par la dernière version à jour d'Avast Antivirus avant la mise en ligne. Toutefois le site vous conseille de n'ouvrir un document téléchargé qu'après analyse par votre propre antivirus.
En téléchargeant un document, vous le faites sous votre seule et entière responsabilité. FS TUTORIELS ne saurait voir sa responsabilité (directe ou indirecte, matérielle ou immatérielle) être engagée du fait de l'utilisation partielle ou totale d'un quelconque élément téléchargé sur ce site.
De même FS TUTORIELS ne saurait voir sa responsabilité (directe ou indirecte, matérielle ou immatérielle) être engagée du fait du contenu d'un quelconque élément téléchargé sur ce site, les auteurs, traducteurs et créateurs restent les seuls responsables légaux des contenus, et notamment, sans être exhaustif, des assertions, affirmations, hypothèses, ... qu'ils contiennent.
Aucun élément du site ne constitue une recommandation d’achat. L’ensemble des éléments du site concernent exclusivement la simulation de vol ainsi que la littérature aéronautique et ne peuvent ni doivent être utilisés dans le cadre de l’aviation réelle.
visiteurs depuis le 12 Mars 2005